Old ladies

Gibson Firebird 1963 - 1977

 

       
 

Malgré l'échec rencontré en 1958 par les  modèles Explorer, Flying V et peut être Moderne, Ted McCarty, président de la Gibson Guitar Company décide au début des années 60 de lancer une nouveau modèle de guitare capable de concurrencer les Fender Jaguar et Stratocaster. Il fait appel à Ray Dietrich, un ancien spécialiste du design automobile de Detroit, qui profite justement d'une retraite bien méritée à ... Kalamazoo, Michigan.

   
       
 

 
 

Ted McCarty, à droite

   
       
 

   
 

Ray Dietrich, chez lui, en 1975

   
       
     
 

On doit à Ray Schneider, entre autres,  le dessin du taxi  Checker Model-A2 1948

   
       
 

Introduit à l'automne 1963, le modèle Firebird, peut grossièrement évoquer une Stratocaster dont la tête et le corps ("corne" côté aigus plus haute que côté grave) serait inversé, ce qui explique son surnom de "reverse" dans les ouvrages consacrés aux guitares vintage.

   
       
 

 

       
 

La Firebird I(en chiffres romains) est équipée de mécaniques Kluson « banjo », inversées par rapport à celles d’une Fender : la mécanique la plus haute sert à accorder le mi grave. Le réglage de la barre de renfort est situé sur la tête, sculptée. Le manche est traversant : il s’agit de deux pièces d’acajou aux quelles sont collées deux « ailes » d’acajou, légèrement moins épaisses, constituant le corps. La touche est en palissandre de Rio, comporte 22 cases et des repères en points aux 3ème, 5ème, 7ème, 9ème, 12ème, 15ème, 17ème,  19ème et 21ème. Elle n’est bordée d’aucun filet. Le pickguard, en celluloïd laminé trois plis blanc, noir, blanc, est de forme triangulaire, fixé au moyen de 8 vis, et ne porte pas, sur les premiers exemplaires, de logo Firebird. Le chevalet-cordier stop tailpiece, d’une seule pièce, est compensé. La guitare ne comporte qu’un seul micro mini-humbucker double bobinage (du type de celui utilisé sur les Epiphone fabriquées par Gibson à la même époque mais dépourvu de plots de réglage). Comme le reste des fournitures, son capot et son entourage métallique sont nickelés. Un réglage de volume, un réglage de tonalité. La prise jack est située sur la table. L’accès à l’électronique se fait par l’arrière La guitare ne comporte pas moins de 3 attaches courroie : une sur le talon, une sur la corne, côté grave et une dernière en bas du corps.

Un logo rouge représentant l’oiseau de feu (qui doit plus à la mythologie des indiens d’Amérique qu’à Igor Stravinsky) fait rapidement son apparition sur le pickguard.

 En 1964, le manche, toujours traversant, est assemblé à partir de 9 pièces d’acajou. Le talon, à la jonction avec le corps, est moins large et moins arrondi que sur la première version.

 

       
     
 

Une Firebird I de 1964 dans son étui d'origine. Notez l'intérieur doublé en peluche jaune.

   
       
 

   
 

La tête sculptée de la Firebird. Notez la partie supérieure peinte en noir ainsi que la forme du cache truss-rod et la position des 3 vis de fixation.

   
       
     
 

Les mécaniques Kluson banjo.

   
       
     
  Le chevalet-cordier compensé stop tailpiece "wraparound" (les cordes en font le tour) et le micro double bobinage mini-humbucker dépourvu de plots de réglage. Notez la légère différence d'épaisseur entre le manche traversant et les ailes constituant le corps.    
       
     
 

Le micro PATENT NO 2.737.842 vu de l'arrière

   
       
     
 

La plaque de pastique située à l'arrière qui permet l'accès à l'électronique.

   
       
     
 

Notez la position des 3 attaches courroies. On devine l'échancrure côté graves sur le fond sur la photo.

   
       
 

   
  Eric Clapton en 1969. La Firebird I date probablement de 1964. Notez le manche traversant en plusieurs pièces et le logo Firebird. La photo est de Gered Mankowitz.    
       
 

   
 

Cream Farewell Concert - Royal Albert Hall - London - 26 Novembere 1968 - White Room

   
       
 

   
 

Eric Clapton vs Buddy Guy (1969)

   
       
 

   
       
 

   
 

Manassas - Winterland - San Francisco - Octobre 1973

   
       
 

   
 

Frank Zappa - Amougies 1969

   
       
 

La touche de la Firebird III est bordée d’un filet blanc, simple. Elle comporte 2 micros mini-humbuckers, 2 réglages de volumes, 2 réglages de tonalité et un interrupteur à bascule 3 positions (en haut du pickguard) permettant de sélectionner l’un, l’autre ou l’ensemble des 2 micros. La guitare conserve le stop tailpiece associé au vibrato Gibson « court » Vibrola VSP-N. Le bras du vibrato est généralement en métal chromé (tea spoon), plus rarement avec un embout de plastique blanc. Certains exemplaires de Firebird I sont équipés du même vibrato.

   
       
 

   
       
 

   
       
     
       
 

   
 

Lynyrd Skynyrd - Freebird - Old Grey Whistle Test - 1975 Notez le micro P90 à capot chromé "dog ear" en position chevalet de Firebird III d'Allen Collins

   
       
 

Les repères de la Firebird V sont en forme de trapèze inversés, comme sur les Les Paul Standard. Le stop tailpiece compensé est remplacé par un chevalet ajustable Tune-O-Matic. Le vibrato est la version longue, avec le cache orné d’une lyre, du Vibrola, avec le bras avec l’embout en plastique blanc.

   
       
 

   
       
 

   
       
     
 

La version longue, démontée, du Vibrola. Notez le bras et son embout plastique.

   
       
 

   
 

Johnny Winter. Il s'agit probablement d'une Firebird V dont le vibrato a été remplacé par un stop tailpiece.

   
       
 

   
 

Johnny Winter - Jumpin' Jack Flash - 1974

   
       
 

 

 

Chuck Berry échange sa Gibson ES-330 TDC (cerise, donc) désaccordée avec  la Firebird V  reverse du guitariste du groupe qui l’accompagne (Terry Clemson, sans doute bénévolement), à la fin du London Rock&Roll Show au stade de Wembley.

   
       
 

La touche de la Firebird VII est en ébène. Les repères sont en blocs, comme sur la Les Paul Custom et un repère est ajouté à la première case. La guitare est équipée de 3 micros mini-humbuckers. Les fournitures sont plaquées or.

   
       
 

   
       
 

   
       
     
       
 

 
       
 

Au mois de mai 1965, après une nouvelle séance d'enregistrement aux studios Chess de Chicago, les Rolling Stones visitent l'usine Gibson (Kalamazoo se trouve à 150 miles à l'ouest de Chicago). Brian Jones et Keith Richards se voient offrir chacun une Gibson Firebird VII reverse ainsi que des pédales Maestro Fuzz-Tone dont K. Richards saura en tirer partie quelques temps plus tard ...

   
       
 

 
 

The Rolling Stones - (I Can't Get No) Satisfaction - Live 1965

   
       
 

   
 

Maestro Fuzz-Tone

   
       
 

K. Richards a offert sa Firebird VII reverse à Dave Hassinger, l'ingénieur du son des studios RCA à Los Angeles. D. Hassinger : "Lowell George (de Little Feat) était un ami proche... Il m'a demandé si je pouvais aider ce jeune, lui donner une chance de travailler au studio avec moi. Je ne savais rien de ce gars mais il s'est avéré que c'était un junkie, sous héro au petit déjeuner et il m'a volé cette putain de guitare. Je suis parti 30 jours dans le sud, seul,  dans une voiture que je venais d'acheter. Il y avait tous ces gens qui bossaient pour moi au studio, j'aurais dû tous les virer. Il a volé la guitare sous leur nez. Elle était dans mon bureau, sous le studio. Je n'ai jamais pu leur pardonner. C'était au milieu des années 70, on ne l'a jamais retrouvée. Si j'avais mis la main sur ce trou du cul, je l'aurais tué. Il vaut peut-être mieux que je ne l'ai pas attrapé, je serai en tôle à l'heure qu'il est ..."

   
       
 

   
 

Phil Manzanera - Roxy Music. La Firebird VII reverse de P. Manzanera est Cardinal Red.

   
       
 

   
 

Roxy Music - Mother of Pearl - 1974

   
       
 

   
 

La couleur standard est un sunburst foncé mais, là encore pour essayer de concurrencer Fender, les Firebird sont disponibles en Custom Colors Duco (DuPont)  : Ember Red, Frost Blue, Polaris White, Cardinal Red, Heather Poly., Pelhham Blue Poly., Golden Mist Poly., Kery Green, Silver Mist Poly., Inverness Green Poly. Poly. indique des peintures polyester, les autres étant nitrocellulosiques. Il faut débourser à l'époque quelques $15 supplémentaires. Un excellent investissement : si l’on s’en réfère à l’édition 2013 du Vintage Guitar Price Guide, une Firebird V reverse Cardinal Red vous coûtera aujourd’hui 80% de plus que sa version sunburst . Si vous en trouvez une ...

   
       
 

 
  1.377 Firebird I, 2.546 Firebird III, 925 Firebird V et seulement 303 Firebird VII reverse, on ne peut pas dire que les ventes s'envolent. On essaye quelques ajustements: Firebird III reverse, manche traversant, tête non reverse mais sculptée, mécaniques banjo et bras de vibrato à embout plastique ...    
       
 

 
       
  ... ou bien ce mix entre une Firebird III reverse : tête inversée (mais non sculptée), manche traversant, stop tailpiece, bras de vibrato métal "tea spoon" et la Firebird I non reverse à venir : touche sans filet, mécaniques Kluson 6 sur une plaque, 2 micros simples-bobinages P90.    
       
 

Au mois de mai 1965 la gamme est entièrement remaniée. Le manche est collé au corps, plus conventionnel, qui peut rappeler une Fender Jaguar. Le manche et le corps sont toujours en acajou. La tête n’est plus inversée. Les mécaniques banjo laissent la place à des Kluson Deluxe, 6 sur une plaque. Les guitares sont connues dans la littérature anglo-saxonne sous la dénomination « non reverse ».

La Firebird I a maintenant 2 micros P90 à capots en plastique noir sans « oreilles », 2 contrôles de volume, 2 contrôles de tonalité et un interrupteur à glissière 3 positions, côté aigus. Le pickguard est en forme de trapèze, déborde côté grave, où se trouve à présent le logo Firebird et englobe les micros. Les repères sont en points et la touche est dépourvue de filets sur l’ensemble des modèles. Le chevalet, du type stop tailpiece est associé à un vibrato Vibrola « court » à bras à embout plastique.

   
       
 

 

       
     
 

Firebird I non reverse 1965. 2 micros P90.

   
       
     
 

L'oiseau s'est envolé côté graves. Les Firebird I et III conservent le stop tailpiece en guise de chevalet et sont équipées du vibrola court. Notez l'embout plastique du bras ainsi que la disposition inhabituelle des potentiomètres de réglage.

   
       
     
  Les Firebird non reverse conservent les 3 attaches courroies ainsi que l'échancrure côté graves sur le fond, plus importante que sur les modèles reverse. La forme de la plaque de plastique noir permettant l'accès à l'électronique est différente.    
       
     
 

Notez la forme légèrement différente du cache truss-rod

   
       
     
 

Les mécaniques Kluson Deluxe 6 sur une plaque. Sur les Firebird I et III les boutons sont en plastique ivoire.

   
       
 

   
       
 

   
 

Firebird III non reverse 1967 Ember Red. 3 micros P90.

   
       
 

   
 

The Rolling Stones - It's Only Rock 'N' Roll (But I Like It)

   
       
 

   
 

Firebird V 1965

   
       
 

   
 

La Firebird V est équipée de 2 micros mini-humbuckers à capots chromés, d’un chevalet Tune-O-Matic et du vibrato Vibrola « long » orné de la lyre. Les boutons des mécaniques Kluson Deluxe sont en métal chromé.

   
       
     
 

L'interrupteur 3 positions à glissière permettant de sélectionner l'un ou l'autre ou l'ensemble des 2 micros. La maladie des Firebird : le pickguard en celluloïd rétrécit et casse à l’emplacement des vis.

   
       
 

   
 

Traffic - Dear Mr. Fantasy - Santa Monica Civic Center - Février 1972

Stevie Winwood joue sur une Firebird V non reverse Inverness Green.

   
       
 

   
 

Une version 12 cordes (absente de la gamme « reverse », c'est la première 12 cordes solid-body Gibson) apparait au catalogue : la Firebird V-12. La guitare reprend la tête Gibson classique utilisée sur l’ES-335-12 et est dépourvue de vibrato.

   
       
 

   
 

Firebird V-12 non reverse 1965 Pelham Blue

   
       
 

   
 

Notez l'incrustation de tête : 2 triangles isocèles en Pearloïd formant un losange.

   
       
     
 

Le cordier est le même que celui de la 12 cordes de la double-manche EDS-1275

   
       
 

   
 

La Firebird VII est la version de la Firebird V à 3 micros avec des fournitures plaquées or.

   
       
     
 

Firebird VII non reverse 1969 Pelham Blue

   
       
 

 
 

The Rolling Stones - Have You Seen Your Mother Baby Standing In The Shadow

Ed Sullivan Show - Octobre 1966

   
       
  La production cesse en 1969. La Firebird V reverse est brièvement rééditée en 1971 et 1972, dans la série medallion, avec un manche en deux parties. L'oiseau s'est envolé!    
       
   
       
     
 

Les capots emboutis au logo Gibson indiquent que la guitare date de 1972.

   
       
 

La réédition de 1976 ne ressemble à rien ! Non pas qu'elle soit hideuse mais comme souvent pour les rééditions, Gibson se moque de son patrimoine et la guitare mélange plusieurs caractéristiques des Firebird reverse. La touche en palissandre porte des repères en points et n'est bordée d'aucun filet, comme sur une Firebird I. La guitare a deux micros, comme les Firebird III et V. Les fournitures sont plaquées or, comme sur une Firebird VII. Enfin, elle est équipée d'un chevalet Tune-O-Matic et d'un stop tailpiece, à l'exclusion de tout vibrato, contrairement aux modèles originaux. Elle est disponible bien sûr en sunburst, en noir, en blanc mais aussi en acajou naturel. Sortie pour le 200ème anniversaire de l'indépendance des Etats-Unis, elle est ornée d'un logo Firebird étoilé bleu, blanc, rouge au couleurs du drapeaux américain et porte la date 76. Elle est connu sous le nom de bicentennial mais sera aussi fabriquée en 1977.

 
       
   
       
 

Marc Sabatier

Merci à Gérard et Marie Beuzon

 

7 décembre 2014